La rigueur du climat est sans doute le premier élément qui nous vient à l’esprit, dans nos contrées occidentales, lorsque nous évoquons l’hiver. Cette rigueur, les poètes réalistes et naturalistes, ainsi que les peintres du monde rural l’ont sublimée à leur manière.

Nous avons choisi de connecter deux de ces œuvres : l’une d’un peintre franco-danois, et l’autre, d’un poète flamand, tous deux de la fin du XIXe siècle. Ces deux artistes étaient sensibles aux rudes conditions de vie des pauvres de leur temps. Le tout est complété par une célèbre pièce de musique baroque vénitienne.

Une œuvre visuelle

Effet de neige à Montfoucault (tableau de Camille Pissarro)


Effet de neige à Montfoucault, par Camille Pissarro. Huile sur toile. 1891.
Source : wikiart.org

Une œuvre textuelle

La Neige (poème d’Émile Verhaeren)

La neige tombe, indiscontinûment,
Comme une lente et longue et pauvre laine,
Parmi la morne et longue et pauvre plaine,
Froide d’amour, chaude de haine.

La neige tombe, infiniment,
Comme un moment –
Monotone – dans un moment ;
La neige choit, la neige tombe,
Monotone, sur les maisons
Et les granges et leurs cloisons ;
La neige tombe et tombe
Myriadaire, au cimetière, au creux des tombes.

Le tablier des mauvaises saisons,
Violemment, là-haut, est dénoué ;
Le tablier des maux est secoué
À coups de vent, sur les hameaux des horizons.

Le gel descend, au fond des os,
Et la misère, au fond des clos,
La neige et la misère, au fond des âmes ;
La neige lourde et diaphane,
Au fond des âtres froids et des âmes sans flamme,
Qui se fanent, dans les cabanes.

Aux carrefours des chemins tors,
Les villages sont seuls, comme la mort ;
Les grands arbres, cristallisés de gel,
Au long de leur cortège par la neige,
Entrecroisent leurs branchages de sel.

Les vieux moulins, où la mousse blanche s’agrège,
Apparaissent, comme des pièges,
Tout à coup droits, sur une butte ;
En bas, les toits et les auvents
Dans la bourrasque, à contre vent,
Depuis Novembre, luttent ;
Tandis qu’infiniment la neige lourde et pleine
Choit, par la morne et longue et pauvre plaine.

Ainsi s’en va la neige au loin,
En chaque sente, en chaque coin,
Toujours la neige et son suaire,
La neige pâle et inféconde,
En folles loques vagabondes,
Par à travers l’hiver illimité monde.

Émile Verhaeren, Les Villages illusoires, 1895

Source : poetica.fr

Une œuvre musicale

L’Hiver (extrait des Quatre saisons d’Antonio Vivaldi)

Cette œuvre est si célèbre que l’on n’ose plus la présenter. Nous vous en proposons ici une transcription pour orgue. Quand le vent d’hiver souffle sa complainte à travers une forêt de tuyaux…

L’Hiver, concerto en Fa mineur de Vivaldi, arrangé et interprété à l’orgue par Armin Becker
Autres regards sur l’hiver

Contemplation hivernale (2/4)