Notre-Dame de Paris s’enflamme, et avec elle, le cœur de nombreux Français. Debout depuis presque un millénaire, elle a illuminé les regards de tous ceux qui l’ont contemplée. Parmi eux, des poètes, des peintres, des musiciens, dont l’œuvre a rejoint au patrimoine national ce joyau d’architecture gothique et néo-gothique. Hommage vagabond à notre muse de pierre.

Notre-Dame en miniature

Notre-Dame de Paris nous semble aujourd’hui petite, en comparaison avec d’autres cathédrales gothiques, en particulier celles du gothique flamboyant. Pourtant, durant des siècles, elle est demeurée l’une des plus grandes cathédrales d’Occident, et le plus haut bâtiment du paysage parisien. Si nous la voyons aujourd’hui en partie détruite, songeons aux générations qui ont passé durant plus de deux siècles, de 1163 au milieu du XIVe siècle, avant de la voir achevée… L’enlumineur Jean Fouquet nous a laissé une splendide miniature montrant l’état des travaux à son époque, avant l’érection des tours.

Construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris (1465)
Construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Miniature de Jean Fouquet, 1465.
Bibliothèque Nationale de France.

Sur cette autre miniature du même artiste, on peut admirer Notre-Dame de Paris enfin achevée.

Notre-Dame de Paris, Livre d'heures d'Etienne Chevalier

La descente du Saint-Esprit
ou La Dextre de Dieu chassant les démons,
paysage de l’île de la Cité. Miniature de Jean Fouquet.
Livre d’Heures d’Étienne Chevalier (1452-1460).
Source : wikipedia.org

À l’école de Notre-Dame

Dès le début de sa construction, en même temps qu’un centre politique, économique et religieux, Notre-Dame de Paris devient un foyer intellectuel. On voit naître en son sein la fameuse école dite aujourd’hui de Notre-Dame (vers 1160-1205), à l’origine de grandes innovations dans le domaine du chant liturgique. Jusque là, ce dernier restait limité au chant grégorien, dont la règle était l’unisson. L’école de Notre-Dame de Paris développe la polyphonie et initie la pulsation rythmique régulière. De nouvelles formes musicales apparaissent alors, y compris dans la musique profane, qui bénéficie de cette influence. Ce style gagne rapidement les grandes villes de France, puis s’exporte dans toute l’Europe.

Un modèle pour le monde chrétien

À partir de la fin du XIIe siècle […], un lieu de création musicale émerge, lieu primordial servant de modèle pour tout le monde chrétien : la cathédrale Notre-Dame de Paris. Si l’on continue à y célébrer comme ailleurs les liturgies au son des mélodies du chant grégorien, les chantres et chanoines de la cathédrale parisienne développent à partir des années 1170 de nouveaux styles qu’on appelle aujourd’hui l’École de Notre-Dame, introduisant des innovations majeures.

D’une part la polyphonie, de plus en plus pratiquée dans de nombreuses abbayes ou cathédrales françaises, gagne ses premières véritables lettres de noblesse à Notre-Dame. D’autre part l’utilisation de pulsations rythmiques régulières dans la musique constitue également une grande nouveauté et il semble bien que les chantres parisiens en soient les initiateurs.

Très vite, les procédés des compositeurs de cette « École » seront imités, copiés, chantés dans les grandes églises de France puis dans toute l’Europe. Cette diffusion exceptionnelle pour l’époque s’explique par le génie des créateurs parisiens, au premier rang desquels figurent les fameux Léonin et Pérotin, mais aussi par la renommée et la prépondérance extraordinaire de Paris au début du XIIIe siècle, ville-lumière déjà surnommée « Mater artium » (Mère des Arts), « Secunda Athena » (Seconde Athènes), « Paris expers Paris » (Paris sans égal).

La présence des institutions royales et religieuses contribue désormais au statut de capitale, mais c’est la vie intellectuelle, la création et l’immense succès immédiat de l’Université [créée à partir de 1253] qui font le renom de Paris, véritable phare culturel européen. Dès les premières décennies du XIIe siècle, Abélard et d’autres maîtres parisiens attiraient déjà des foules d’élèves venant d’horizons très divers sur la montagne Sainte-Geneviève et dans le futur Quartier latin. Ceux-ci repartaient ensuite avec un bagage théologique, mais souvent également musical, et contribuèrent ainsi à la diffusion dans toute l’Europe du répertoire de l’École de Notre-Dame. »

Antoine Guerber, Paris expers Paris / École de Notre-Dame, 1170-1240, Paris, Alpha 102, 2005–2006

Extrait du répertoire de l’école de Notre-Dame

Plusieurs ensembles vocaux ont travaillé à l’interprétation du répertoire de l’école de Notre-Dame. Nous vous proposons ici d’écouter, dans le genre appelé organum une composition de Pérotin, maître de chapelle de Notre-Dame de Paris au début du XIIIe siècle, et principal représentant de cette école.

Pérotin. Organum Triplum : Pascha nostrum immolatus.
Interprété par l’ensemble Chronos, sous la direction d’Evgeny Skurat (Moscou)

Organum, orgue… ?

Malgré la proximité étymologique, le genre vocal baptisé organum est sans lien avec l’instrument que nous connaissons sous le nom d’orgue. Pourtant, des orgues, la cathédrale de Paris en a connu depuis l’époque de sa construction. Tout d’abord, à l’époque de Pérotin, et même de son prédécesseur Léonin, il existait probablement de petits orgues dans le chœur. C’est dans le courant du XIIIe siècle qu’est né le premier grand orgue, dont il subsiste encore aujourd’hui quelques tuyaux ! La forme actuelle de cet instrument remonte au XVIIIe siècle.

Musiciens et mélomanes se sont tous réjouis d’apprendre que le grand orgue de Notre-Dame de Paris avait échappé à la destruction. En attendant sa restauration, nous pouvons entendre et réentendre de riches interprétations, livrées par les plus grands maîtres sur ce monumental instrument.

Olivier Latry aux grandes orgues de Notre-Dame de Paris. Prélude improvisé (juin 2016)

Notre-Dame de la poésie française

Des siècles plus tard, c’est en vers que l’on célèbre les beautés de cette cathédrale. Quelques années avant sa restauration par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc (1843), Théophile Gautier lui consacre un long poème, dont voici un extrait :

(…)Tout chatoie et reluit ; le peintre et le poète 
Trouvent là des couleurs pour charger leur palette, 
Et des tableaux ardents à vous brûler les yeux ; 
Ce ne sont que saphirs, cornalines, opales, 
Tons à faire trouver Rubens et Titien pâles ; 
Ithuriel répand son écrin dans les cieux.

Cathédrales de brume aux arches fantastiques ; 
Montagnes de vapeurs, colonnades, portiques, 
Par la glace de l’eau doublés, 
La brise qui s’en joue et déchire leurs franges, 
Imprime, en les roulant, mille formes étranges 
Aux nuages échevelés.

Comme, pour son bonsoir, d’une plus riche teinte, 
Le jour qui fuit revêt la cathédrale sainte, 
Ébauchée à grands traits à l’horizon de feu ; 
Et les jumelles tours, ces cantiques de pierre, 
Semblent les deux grands bras que la ville en prière, 
Avant de s’endormir, élève vers son Dieu.

Ainsi que sa patronne, à sa tête gothique, 
La vieille église attache une gloire mystique 
Faite avec les splendeurs du soir ; 
Les roses des vitraux, en rouges étincelles, 
S’écaillent brusquement, et comme des prunelles, 
S’ouvrent toutes rondes pour voir. (…)

Théophile Gautier, La comédie de la mort (1838)

Notre-Dame des peintres

De nombreux peintres ont trouvé à Notre-Dame de Paris “des couleurs pour charger leur palette”, comme l’écrit si bien Théophile Gautier. De l’impressionnisme au pop art, voici une galerie présentant quelques vues de la cathédrale (cliquez sur les photos pour les voir en grand) :

Albert Lebourg, v. 1892
Maximilien Luce, 1900
Édouard Cortès (1882-1969)
Henri Matisse, 1904
Maurice Prendergast, 1907
Maurice Utrillo, 1908
Antoine Blanchard (1910-1988)
Auguste Herbin, 1908
Gustave Loiseau, 1911
Marc Chagall (1887-1937)
William Congdon, 1955
Hiro Yamagata, 1980
Henry Ossawa Tanner, 1896

Notre-Dame de la chanson parisienne

Certains poètes et chansonniers populaires se sont également inspiré de Notre-Dame de Paris, comme Francis Carco (1886-1958). Ce dernier fréquente les artistes de Montmartre, et voit dans son œuvre « un romantisme plaintif où l’exotisme se mêle au merveilleux avec une nuance d’humour et désenchantement ». Il nous livre un texte intitulé Au pied des tours de Notre-Dame, qui sera mis en musique par Charles Dumont, et interprété par différents chanteurs et chanteuses, dont Lina Margy, que vous pourrez entendre ici.

Au pied des tours de Notre-Dame.

Au pied des tours de Notre-Dame
La Seine coule entre les quais
Ah! le gai, le muguet coquet !
Qui n´a pas son petit bouquet ?

Allons, fleurissez-vous, Mesdames,
Mais c’était toi que j´évoquais
Sur le parvis de Notre-Dame
N´y reviendras-tu donc jamais?
Voici le joli mois de mai

Je me souviens du bel été
Des bateaux-mouches sur le fleuve
Et de nos nuits de la Cité
Hélas! qu’il vente, grêle ou pleuve
Ma peine est toujours toute neuve
Elle chemine à mon côté

Dans le jardin du Luxembourg
Les feuilles tombent par centaines
Et j´entends battre le tambour
Tout en courant la prétentaine
Parmi les ombres incertaines
Qui me rappellent nos amours

De ma chambre, Quai aux Fleurs,
Je vois s´en aller sous leurs bâches
Les chalands aux vives couleurs
Tandis qu´un petit remorqueur
Halète, tire, peine et crache
En remontant à contrecœur
L´eau saumâtre de ma douleur

Francis Carco (1886-1958)
"Au pied des tours de Notre-Dame"
Source : paris-a-nu.fr
Au pied des tours de Notre-Dame de Francis Carco, interprété par Lina Margy

Quand la géante inspire le géant

L’œuvre la plus célèbre inspirée par Notre-Dame de Paris reste bien entendu le roman du même nom, écrit par le géant de la littérature française, Victor Hugo. Si l’on ne présente plus cette fresque littéraire haute en couleurs, décrivant un Paris médiéval fantasmé au XIXe siècle, nous vous proposons néanmoins d’en relire un extrait : la description de la façade de Notre-Dame.

La façade de Notre-Dame

[…] il est, à coup sûr, peu de plus belles pages architecturales que cette façade où, successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive, le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l’immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales comme le prêtre du diacre et du sous-diacre, la haute et frêle galerie d’arcades à trèfle qui porte une lourde plate-forme sur ses fines colonnettes, enfin les deux noires et massives tours avec leurs auvents d’ardoise, parties harmonieuses d’un tout magnifique, superposées en cinq étages gigantesques, se développent à l’œil, en foule et sans trouble, avec leurs innombrables détails de statuaire, de sculpture, et de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de l’ensemble ; vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire ; œuvre colossale d’un homme et d’un peuple, tout ensemble une et complexe comme les Iliades et les romanceros dont elle est sœur ; produit prodigieux de la cotisation de toutes les forces d’une époque, où sur chaque pierre on voit saillir en cent façons la fantaisie de l’ouvrier disciplinée par le génie de l’artiste ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité.

Et ce que nous disons ici de la façade, il faut le dire de l’église entière ; et ce que nous disons de l’église cathédrale de Paris, il faut le dire de toutes les églises de la chrétienté au Moyen Âge. Tout se tient dans cet art venu de lui-même, logique et bien proportionné. Mesurer l’orteil du pied, c’est mesurer le géant.

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, 1831, Edition Nationale, J. Lemonnyer, G. Richard [E. Testard], 1889, Livre III, chapitre 1.
Façade de Notre-Dame de Paris
La façade de Notre-Dame de Paris. Source : notredamedeparis.fr

Hommage à la “seconde Notre-Dame”

Le roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo est qualifié de “seconde Notre-Dame” par le poète Antoine de Latour :

Ce poème vivant, seconde Notre-Dame,
Qui doit se voir encore debout à l’horizon, 
Quand l’autre qui l’inspire et dont il prend le nom, 
Aura dans la poussière exhalé sa grande âme ;
Ce colosse qu’un soir de son rêve de flamme 
L’artiste a vu sortir, fait d’or et de limon, 
Ce chant aux mille échos, où l’ange et le démon 
Mêlent le cri du tigre au soupir de la femme ;
Ce livre de l’enfer et du ciel, le voici : 
Lisez, mais si vers vous un pauvre enfant transi 
Tend la main pour sa sœur qui danse sur la place,
Donnez, ne comptez pas, c’est Dieu qui comptera ; 
Donnez, que votre cœur, en voyant l’humble tasse, 
Se rappelle toujours la brune Esméralda.

Antoine de Latour (1808-1881)

Éternelles gargouilles

Parmi les éléments les plus emblématiques de la cathédrale Notre-Dame de Paris figurent les gargouilles ornées de sculptures représentant des créatures fantastiques, à l’apparence tantôt mystérieuse, tantôt grotesque, tantôt diabolique, mais qui ne laissent pas indifférent. Le poète Jacques Herman imagine quelles pourraient être leurs pensées :

Gargouille


Des diablotins de pierre
Vomissent leurs eaux sur nous
Pauvres mortels

C’est aux gargouilles vulgaires
En douterait-on
Qu’il appartient
De mener le bal

Nous restons plaqués
Contre le mur pareils
A de soumises sentinelles
Gardiennes du flanc nord
De la cathédrale

Sans état d’âme
Nous attendons
Le retour du soleil

Jacques Herman
Gargouilles de Notre-Dame de Paris
Gargouilles de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Source : magazine.ribambel.com
Le Bossu de Notre-Dame, perché sur une gargouille.
Illustration pour Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, par Luc-Olivier Merson, 1881-1882. Source : wikiart.org

Notre-Dame livrée aux flammes

Victor Hugo, dans sa fiction, avait imaginé et décrit un incendie à Notre-Dame de Paris. Loin de l’ébranlement émotionnel qui a affecté nos contemporains ayant assisté en direct à la scène du véritable incendie, c’est un tableau fantastique, presque une vision d’Apocalypse, que l’écrivain nous a livré en son temps :

(…) Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. A mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir.

Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’il. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher, comme une chauve-souris devant une chandelle.

Sans doute ce phare étrange allait éveiller au loin le bûcheron des collines de Bicêtre, épouvanté de voir chanceler sur ses bruyères l’ombre gigantesque des tours de Notre-Dame. (…)

Extrait de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

Suite à l’incendie du 15 avril 2019, le comédien Guillaume Gallienne a fait une lecture radiophonique de ce texte :

Incendie de Notre-Dame de Paris (15 avril 2019)
Incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019. Source : maxisciences.com

Notre-Dame livrée au Temps

Quant à Gérard de Nerval, il imaginait Notre-Dame de Paris livrée aux ravages du Temps :

Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !
Bien des hommes, de tous les pays de la terre
Viendront, pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,
Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !

Gérard de Nerval (1808-1855), Odelettes

Dans ce texte, le poète imagine un futur lointain (dans mille ans pour lui, soit huit cents ans pour nous), où Paris, symbole de notre civilisation occidentale, se serait effondrée, où l’édifice tomberait en désuétude, et où l’on se plairait, néanmoins, à le contempler à l’état de ruine. Aujourd’hui, après une destruction partielle, le destin de la cathédrale est l’objet de débats tout aussi enflammés que l’était, récemment, sa toiture. Mais après tout, peut-être est-ce cela, Notre-Dame livrée au Temps. Car avec le temps passent des générations, des époques, des mentalités, des modes, et au-delà, des contextes politiques, sociaux, économiques et religieux. Livrée au Temps, et au feu des tensions entre l’histoire et la mémoire, le passé et le présent, le spirituel et le politique, la conscience patrimoniale et l’urgence sociale…

Nous laissons le dernier mot de cet hommage au poète catholique contemporain Jean Lavoué :

Qu’est-ce qui brûle en nous
Trop de peine pour identifier
Le lieu de l’incendie

Est-ce la femme
Dont les larmes bénies
Ne peuvent éteindre les flammes 

Elles couvaient déjà 
Depuis longtemps 
Dans les branches de l’édifice 

Est-ce la croix 
Dont le bois saigne 
Du cri de tant de victimes 

Ne nous hâtons pas
De recouvrir le vide béant
Par où s’engouffrerait le ciel

Arpenterons-nous encore
Les humbles travées
Où la joie se propage 

Laisserons-nous les nuits
Nous révéler la voix des pauvres
Où Dieu seul se consume 

Rebâtirons-nous
Ces grands espaces de silence
Dans la forêt du coeur

Jean Lavoué, 18 avril 2019
Blog : enfancedesarbres.com
Détail de la charpente de Notre-Dame de Paris, incendiée le 15 avril 2019.
Source : notredamedeparis.fr