Avant de partir vagabonder sur les chemins de France et d’ailleurs, nous pouvons méditer ensemble cette prière des voyageurs, glanée dans le Livre de prière des Veilleurs.

Ce bréviaire évangélique a été rédigé en 1923 par le scientifique protestant Théodore Monod, alors en mission au Cameroun. Il était destiné au tiers ordre des Veilleurs (aujourd’hui Fraternité spirituelle des Veilleurs). Cette communauté de prière, Théodore Monod l’a fondée avec son père, le pasteur Wilfred Monod.

Parmi les textes compilés, certains proviennent de la tradition de l’Église universelle ; d’autres sont de Wilfred Monod, et d’autres encore du grand-père de Théodore Monod. Il n’est pas toujours possible de bien déterminer leur origine. Dans ce livre, on a le sentiment que les auteurs s’effacent devant le Tout-Autre.

Une prière devenue rare ?

On peut imaginer que les prières destinées à invoquer la protection de Dieu sur les voyageurs étaient autrefois monnaie courante, en des temps où les routes s’avéraient bien moins sûres qu’aujourd’hui. Dans le monde chrétien, cette tradition semble n’avoir plus vraiment cours. En effet, une rapide recherche, avec les termes “prière du/des voyageur(s)”, nous renvoie plutôt à des prières musulmanes. Est-ce à dire que les chrétiens ne voyagent plus, ou qu’ils n’ont plus à cœur de se confier au Créateur avant de le faire ? Ou bien, la prière aurait-elle simplement changé de forme, perdant en solennité pour gagner en proximité avec le Père céleste ?

À vrai dire, les formulations employées dans cette prière, comme dans la plupart des textes du Livre de prière, peuvent aujourd’hui paraître désuètes. D’ailleurs, il ne constitue plus, depuis longtemps, l’ouvrage de référence de la fraternité des Veilleurs. Néanmoins, cette prière a de quoi nous toucher par sa profondeur. Elle nous concerne également par son contenu, dans une époque parfois trop sûre d’elle-même. Enfin, elle nous invite à une forme de communion avec ceux qui nous ont précédés sur les routes.

Une invitation au voyage

Il ne s’agit pas d’user de superstition, en s’attirant les grâces protectrices d’une divinité porte-bonheur. En fait, que le voyage soit un déplacement géographique ou une quête intérieure, le Christ nous invite à déposer au pied de la Croix toute charge inutile : nos peurs, nos doutes, nos peines. Ainsi, nous pourrons les remplacer par la confiance, le lâcher-prise, la joie de faire chemin avec Lui et avec nos frères et sœurs dans la foi.

Le texte de la prière des voyageurs

Voici la forme sous laquelle Théodore Monod, grand voyageur devant l’Éternel, nous livre cette prière. Peut-être y a-t-il contribué de sa plume. En outre, l’influence musulmane n’est peut-être pas à exclure. Ce grand méhariste s’est nourri, au fil du temps, de la spiritualité de ceux qu’il côtoyait.

Ô notre Dieu, toi qui fis traverser la mer à pied sec aux fils d’Israël, toi qui traças aux mages, guidés par l’étoile, un chemin vers toi, accorde-nous, nous t’en prions, un voyage prospère et un temps serein ; qu’accompagnés par ton saint ange, nous puissions parvenir heureusement au but où nous tendons, et enfin au port de l’éternel salut.

Ô notre Dieu, toi qui conservas sain et sauf, sur tous les chemins de sa vie errante, Abraham ton enfant, sorti d’Ur en Chaldée, nous t’en prions, daigne veiller sur nous tes serviteurs. Sois, Seigneur ! notre encouragement au départ.

Sur la route, notre consolation.

Contre la chaleur, notre ombrage.

Dans les ténèbres, notre lumière.

Dans la fatigue, notre véhicule.

Dans l’adversité, notre secours.

Dans le passage glissant, notre bâton.

Notre port, dans le naufrage.

Afin que, guidés par toi, nous parvenions sans encombre où nous voulons aller, et enfin, par delà les suprêmes achèvements, dans les proches sacrés de Jérusalem.

Amen

Sources

Livre de prière : lumière, flamme, parfum [textes compilés et arrangés par Théodore Monod]. Genève : Labor et Fides, 1923-1937. 355 p.

Nicole Vray. Théodore Monod : un homme de foi. Lyon : Olivétan, 2011. 128 p. (Figures protestantes)

Crédit image

Caspar David Friedrich. Le voyageur contemplant une mer de nuages, 1818 [image du domaine public]. Source : wikiart.org