L’église Saint-Aignan de Brinay est l’un des sites les plus remarquables du circuit du Berry roman. Elle abrite un ensemble de fresques admirablement conservées, qui retracent de grands événements de la vie du Christ. On y trouve également un calendrier des travaux des mois, le seul de ce type qui soit complet en France. Vagabondages.art vous propose de suivre, à l’intérieur de ces murs, un parcours méditatif sur le thème du regard transfigurateur.

Lire en introduction : Le Berry roman, chemin de lumière

Invitation à la rencontre

église romane de brinay, façade, porche
Vue extérieure de l’église romane Saint-Aignan de Brinay (Cher), façade occidentale avec porche (Photo Vagabondages.art)

Dans l’esprit de notre époque, art roman rime avec simplicité, sobriété, voire dénuement. C’est oublier que le Moyen Age avait horreur du vide, et que les églises de cette époque étaient recouvertes de fresques aux teintes éclatantes.

Pourtant, en arrivant aux abords de cette petite église de village, c’est bien la simplicité qui s’impose. En effet, on est loin du faste des grandes constructions clunisiennes, témoins de la puissance d’un mode d’organisation féodal. Ici, c’est le Jésus de l’Évangile qui nous invite, qui nous tend la main, drapé dans un vêtement de lin et chaussé de sandales. “Viens, dit-il, suis-moi !” De même que dans l’Évangile, un regard, un mot suffit pour attirer l’homme ou la femme et faire naître en lui, en elle, le disciple.

Comme l’apôtre Paul nous le rappelle volontiers, Dieu “n’habite point dans des temples faits de main d’homme” (Ac 17:24), mais dans notre corps, qui est “le temple du Saint-Esprit” (1 Cor 6:19). Néanmoins, certains lieux visités durant notre pèlerinage sur la terre peuvent devenir des tentes de la Rencontre. Fragiles et éphémères, malgré leur apparente solidité et leur longévité à l’échelle de nos vies, ils trouvent en nous une résonance particulière. Avec eux, nous nous sentons immédiatement reliés à notre Créateur. N’est-ce pas parce qu’ils constituent des vestiges de l’humanité priante à travers les siècles ? Des traces de cette nuée de témoins qui nous environne spirituellement, et nous stimule tout au long de notre chemin de foi ?

Entre donc ! Pousse la porte ! Et laisse-toi rencontrer…
La couleur surgit, passée, mais encore vive. Elle nous surprend, elle se révèle.

église de Brinay, vue sur le choeur
Vue sur le choeur de l’église Saint-Aignan de Brinay, depuis la nef (Photo Vagabondages.art)

Au rythme de nos vies…

Sous l’arc séparant la nef du chœur s’étale un calendrier des travaux des mois. C’est le rythme de l’année, le rythme des saisons, le rythme de nos vies. Combien ont passé, depuis la réalisation de ces fresques ? “Cela passe vite, et nous nous envolons”, dit le psalmiste (Ps 90 [89]). Qui parmi nous, en effet, ne s’est jamais dit, à l’arrivée de l’Avent : “Encore une année bien vite passée !”. Voilà notre regard humain, bien pauvre, porté sur nos pauvres vies humaines…

Au rythme de Sa vie…

Une fois l’arc franchi, le visiteur se retrouve dans un chœur aux murs chatoyants, qu’il n’avait pas soupçonné depuis l’extérieur. Dans cette palette de couleurs, c’est comme si toute la lumière du monde se trouvait résumée ; du moins, la partie du spectre lumineux visible à nos yeux de chair. La Lumière du monde : Jésus-Christ qui se révèle ! Car c’est Lui, que les artistes ont cherché à raconter sur cette bande dessinée médiévale. Jésus-Christ, qui ne se laisse pas enfermer dans nos œuvres d’art, pas plus que dans nos doctrines, fussent-elles millénaires. Mais Jésus, dont la présence a guidé la main du peintre au fil des journées de labeur. Lorsque nous contemplons ces fresques, c’est comme si la nuée des témoins nous tirait par la manche pour nous conduire au Maître. Le regard que nous posons alors sur le Christ n’est pas uniquement le nôtre : c’est le regard d’un pan entier de l’humanité, qui transcende l’espace et le temps.

L'Incarnation
L'Incarnation
L'Adoration des Mages
La Fuite en Egypte
Le Massacre des Innocents
Les Noces de Cana
Le Baptême du Christ
La Tentation au Désert
La Tentation au Désert
Angle du mur sud du chœur
Mur sud du chœur
Mur sud du chœur : le Baptême du Christ et la Tentation au Désert

Nous laisser transfigurer…

Avec les vitraux blancs du chœur, on retrouve la simplicité ; celle du Jésus Fils de l’Homme qui nous a tendu la main sur le parvis. Absence de couleurs ? Vraiment ? Pourtant, au dehors, il y a la terre et le ciel, illuminés par la grâce, pour qui sait observer. Au fil des heures, la lumière se fait autrement. Et si chacun de ces verres était une facette de notre vie, ou bien l’une de nos vies, parmi toutes celles qui composent le peuple de Dieu, l’Église universelle ? Christ, Lumière du monde, nous rejoint là où nous sommes. D’abord, il illumine, de son regard d’Amour, chaque pan de nos existences et de nos histoires, personnelles et collectives. Ensuite, il les travaille de son Souffle, tel un maître verrier ; Il leur donne forme. Enfin, Il les sertit et les relie, pour former un tout harmonieux. Ainsi, Il crée l’Unité dans la diversité. Il nous transfigure, et Il transfigure l’Église…

“Ô Christ, Lumière du monde, qui te suit aura la lumière de la vie !”